« Fight any black bear »

« Il y a un ours qui est en train de manger notre bouffe. Je pense qu’il vaudrait mieux qu’on y aille à deux. »

 
« Ours noir ou grizzly? » ai-je marmonné en sortant de mon sommeil semi-comateux. C’était un ours noir. Plus petit, mais plus curieux aussi. Des bribes du dépliant qu’on nous avait remis au refuge faunique de Tetlin me revenaient en tête.

 
« Close encounters : Fight any black bear, regardless of circumstances. » « Fight any bear that follows you. » « Don’t let them learn human food or garbage is an easy meal. »

 
J’ai sorti la tête de la tente. Le peuplier auquel nous avions attaché notre cargaison de nourriture la veille ployait violemment sous le coup de l’assaut. Hum, ça allait vraisemblablement valoir la peine de mettre des pantalons.

 
La veille, nous avions prévu dormir dans un camping, avant de découvrir que celui-ci était fermé. Rien de trop surprenant, considérant que la moitié des motels et des stations-services que nous rencontrons dans ces contrées éloignées sont dans un état de décrépitude avancée. Les RV et les voitures modernes n’ont pas besoin de louer une chambre ou de faire le plein à tous les 100 km.

 
Nous avions trouvé un vieux chemin de quatre roues quelques kilomètres plus loin. Nous inspectons chaque soir notre site de camping. Pistes d’animaux, excréments, carcasses. Ce soir-là, nous avions bien vu quelques pistes, mais Vincent m’a convaincu du fait qu’elles ne semblaient pas récentes. Après une longue journée de vélo, je ne suis habituellement pas trop difficile à convaincre.

 
« Bears, like humans, use trails and roads. Don’t set up camp close to a trail they might use. »

 
C’était peut-être bel et bien une route pour ours, finalement. Scoop : les histoires les plus incroyables commencent généralement avec une mauvaise décision. Hé oui.
Vincent a pensé pendant un instant que j’allais refuser de sortir de la tente, hystérique de terreur ou (plus vraisemblablement) trop confortablement endormie pour sortir de mon douillet sac de couchage, quelle que soit la bête à l’extérieur. Il m’arrive de me demander pour qui il me prend!

 
Nous sommes finalement sortis dehors afin de chasser l’ennemi et lui arracher les carottes de la bouche.. La bête n’était cependant pas aussi facile à impressionner que je l’imaginais. Sans doute un ours qui avait déjà mangé dans les poubelles ou qui avait déjà eu des contacts avec les humains. Lui laisser la nourriture n’était pas une option, car 1. l’ours aurait fait le lien humains = nourriture facile et 2. nous n’aurions plus rien eu à manger!!!

 
Nous avons réussi à récupérer les sacs de nourriture à force de gesticuler et d’approcher. En fait, je n’aurais jamais cru que j’aurais un jour à avancer directement vers un ours jusqu’à n’être plus qu’à quelques mètres de distance. Celui-ci restait toutefois à la lisière de la forêt à nous épier. Constatant qu’il n’allait pas abandonner les carottes aussi facilement, nous avons décidé de lever le camp. Il nous restait peut-être une demi-heure de semi-clarté. Nous avons commencé à ranger plus vite que jamais. À deux reprises, j’ai levé la tête, et l’ours était juste devant moi, à essayer de voir s’il n’y avait pas moyen de me contourner pour aller chercher plus de nourriture! Non mais, pas gêné celui-là! J’ai redoublé de vitesse et j’ai jeté pêle-mêle le contenu de la tente dans les sacoches, poivre de cayenne à la main.

 
Quelques instants plus tard, nous étions de retour sur la route. Nous avons revu l’ours une dernière fois sur le bord du fossé, 200m plus loin. Nonchalant, il s’est même approché de nous alors que nous le doublions! Ça m’a convaincu de faire un bon 6km de plus, même si un vent de dos allait rapidement faire disparaître notre odeur.

 
À une heure du matin, avec nos lampes de poches sorties pour la première fois, nous avons monté le camp à quelques mètres de la route. Le total des pertes s’élevait à une carotte et demie et quatre sachets de gruau. En entrant dans mon sac de couchage, sachant nos provisions suspendues bien en hauteur, je suis retombée endormie immédiatement.

 

20170629114144_1-01.jpeg

20170628225339.JPG

 

Publicités

4 réflexions sur “« Fight any black bear »

  1. Hello Stephanie at Vincent
    Dieu que vous êtes rapides. Nous sommes à Whitehorse. Comment est la Cassiar Hway.
    Nous sommes en train de planifier la suite.
    Bises
    Rosy et Phil (les p’tits suisses de Cantwell)

    • Ah, et moi qui pensais chaque jour vous voir surgir juste derrière dans mon rétroviseur! Contente d’avoir de vos nouvelles! Nous sommes à Kitwanga, et d’ici nous nous dirigerons vers le ferry qui nous mènera à l’île de Vancouver. Nous avons trouvé une carte pas trop mal de la Cassiar au visitor center de Watson Lake. Il y a plusieurs recreations sites, où l’on peut camper gratuitement, et le Kinaskan Lake Park est gratuit pour les cyclistes! Sinon bons spots de camping dans plusieurs rest areas, notamment Simmons Lake, Rabid Grizzly Rest Area, Bob Quinn (au lac, avec moustiques!) et Bell II. Et camping gratuit à Kitwanga! Pas beaucoup de nourriture sauf à Dease Lake, Iskut et Kitwanga. Bonne route!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s